Budget du Québec 2026-2027 : Un exercice d’équilibre prudent avec une réserve bien pratique pour la prochaine cheffe ou le prochain chef de la CAQ

Le 18 mars dernier, le ministre des Finances Éric Girard a déposé ce qui ressemble à un budget de transition — l’édition 2026-2027 intitulée « Un budget responsable avec des mesures ciblées pour les Québécoises et les Québécois ». Dans un contexte de grande incertitude mondiale, de menaces protectionnistes au sud de la frontière et à quelques semaines seulement du choix du nouveau leader de la CAQ le 12 avril, le document navigue sur une ligne fine : il apporte des aides concrètes sans ouvrir les vannes des dépenses.

Au total, le gouvernement déploie près de 9,6 milliards de dollars en mesures supplémentaires sur cinq ans. L’objectif : consolider les services publics, donner un coup de pouce à l’économie, protéger les ménages contre la hausse du coût de la vie et soutenir les plus vulnérables — tout en respectant l’objectif à long terme d’un retour à l’équilibre budgétaire d’ici 2029-2030.

Portrait fiscal

L’économie québécoise résiste mieux que plusieurs ne le craignaient. La croissance réelle du PIB est prévue à 0,8 % cette année, puis à 1,1 % en 2026 et 1,4 % en 2027. Le déficit pour 2026-2027 s’établit à 6,3 milliards de dollars (environ 0,9 % du PIB), tandis que le ratio de la dette nette sur le PIB continue de diminuer lentement pour atteindre 32,5 % d’ici 2037-2038. Rien de spectaculaire, mais une trajectoire stable. Du côté des infrastructures, le Plan québécois des infrastructures (PQI) passe à 167 milliards de dollars sur dix ans, avec plus de 5 milliards de dollars de dépenses supplémentaires au cours des six prochaines années. Fait notable : 71 % des fonds sont désormais consacrés à l’entretien et à la réparation des actifs existants — un virage réaliste compte tenu de l’état vieillissant de nos routes, ponts et bâtiments.

Qu’y a-t-il pour les entreprises ?

Le gouvernement investit plus de 1,7 milliard de dollars pour accélérer la transformation économique du Québec. Parmi les points saillants :

  • 693 millions de dollars pour aider les entreprises à s’adapter à la nouvelle réalité mondiale, dont 410 millions de dollars réservés aux projets d’investissement dans les secteurs d’avenir.
  • Jusqu’à 2 milliards de dollars supplémentaires en capitalisation des fonds d’investissement, notamment pour maintenir les sièges sociaux stratégiques au Québec.
  • Un nouveau fonds de 500 millions de dollars offrant des garanties de prêt aux communautés autochtones qui souhaitent participer à de grands projets économiques.
  • 283 millions de dollars pour renforcer l’innovation, l’adoption des technologies et même la productivité dans le secteur de la construction.
  • Plus de 580 millions de dollars pour les PME de toutes les régions, avec un accent particulier sur le tourisme et le secteur bioalimentaire.
  • 365 millions de dollars pour renforcer la compétitivité de l’industrie forestière en difficulté.
  • 429 millions de dollars pour soutenir la culture, les médias et le secteur audiovisuel.

C’est un ensemble pragmatique qui vise à rendre le Québec plus compétitif sans recourir à des subventions massives.

Soutien aux Québécoises et aux Québécois ainsi qu’aux communautés

Du côté des particuliers, plus de 3,6 milliards de dollars sur six ans sont destinés aux familles et aux communautés. La plus grande part — près de 2,4 milliards de dollars sur cinq ans — s’attaque au coût de la vie, à l’itinérance, à la santé mentale, à la violence conjugale et à l’accès au logement. Parmi les mesures concrètes :

  • 846 millions de dollars pour convertir 5 000 places en services de garde non subventionnés en places subventionnées et maintenir le gel de la hausse de la taxe scolaire à 3 %.
  • 741 millions de dollars pour construire 1 000 logements abordables et rénover le parc existant.
  • 264 millions de dollars pour améliorer les services destinés aux personnes en situation d’itinérance et aux enjeux de santé mentale.
  • 260 millions de dollars pour accroître le soutien aux maisons d’hébergement et aux victimes de violence conjugale et sexuelle.

Il s’agit d’actions ciblées et mesurables, plutôt que de vastes baisses d’impôts en période préélectorale.

La « réserve politique » dont tout le monde parle

Un élément a immédiatement attiré l’attention : les 250 millions de dollars par année de marge de manœuvre fiscale explicitement laissée non allouée sur les cinq prochaines années — soit environ 1,3 milliard de dollars de flexibilité totale. Le ministre Girard a clairement indiqué que cette enveloppe est destinée à la prochaine cheffe ou au prochain chef de la CAQ (que ce soit Christine Fréchette ou Bernard Drainville) pour financer ses propres priorités ou engagements électoraux.

À cela s’ajoute une réserve de contingence déjà prévue de 2 milliards de dollars pour 2026-2027 seulement, faisant partie d’une enveloppe de 8 milliards de dollars sur cinq ans qui pourra couvrir des besoins imprévus ou de nouvelles annonces.

Les partis d’opposition n’ont pas tardé à qualifier cela de « cagnotte électorale » ou de « réserve Fréchette-Drainville ». D’un point de vue stratégique, cependant, cela donne au prochain premier ministre une réelle marge de manœuvre dans un environnement imprévisible, sans obliger Girard à figer les dépenses aujourd’hui. Prudent ou purement politique ? Tout dépendra de l’utilisation qui en sera faite dans les prochains mois, l’état de l’économie et même l’humeur des électeurs.

Notre perspective

Pour Perspectives Stratégies Gouvernementales, il s’agit d’un budget sobre et discipliné qui évite les grandes envolées dépensières tout en apportant un soutien visible là où c’est le plus nécessaire. Il renforce les services essentiels et les infrastructures, donne aux entreprises des outils pour s’adapter et offre un soulagement ciblé aux familles et aux groupes vulnérables. Pour les entreprises, les investisseurs et les acteurs régionaux qui observent le Québec, la véritable histoire risque de se dessiner après le 12 avril — lorsque la nouvelle direction décidera comment déployer cette flexibilité annuelle de 250 millions de dollars et la réserve de contingence plus large, probablement accompagnée d’un remaniement ministériel, d’un discours inaugural au printemps et d’une mise à jour économique.

Nous suivrons de près ces choix et leurs répercussions sur le paysage préélectoral ainsi que sur le développement économique de l’ensemble du territoire. Si vous naviguez dans ces changements au sein de votre secteur, n’hésitez pas à nous contacter — nous serons heureux d’en discuter plus en détail.

Information additionnelle :

https://www.lapresse.ca/affaires/economie/2026-03-18/budget-du-quebec/au-moins-1-milliard-pour-frechette-ou-drainville.php

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